Suite à la fin de la période 2000-2015 sur les objectifs de développement du millénaire (ODM), l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a adopté en septembre 2015 l’agenda 2030 sur les nouveaux objectifs de développement durable (ODD).

Cet agenda est le résultat de longues négociations et discussions menées au sein des Nations Unies entre tous les 193 Etats membres et auxquelles de multiples contributions ont été apportées par les secteurs non gouvernementaux de la société civile et du monde des affaires. Finalement, 17 objectifs et 169 cibles ont été retenus.

SDGs

Pour chaque cible, un ou plusieurs indicateurs mesurables ont été définis. Pour chacun de ces indicateurs au nombre d’environ 400, une collecte de données sera effectuée d’une manière périodique par tous les pays et ces données seront insérées dans des bases de données des Nations Unies ou d’autres institutions internationales. Il sera dès lors possible d’accéder à ces bases de données pour faire un suivi sur l’évolution de la performance de tous les pays par rapport à chacun de ces indicateurs. Une exploitation statistique plus globale par une agrégation des données au niveau des cibles, des objectifs ou des regroupements des pays pourra être effectuée afin de vérifier d’une manière différenciée en fonction de critères prédéfinis, dans quelle mesure des progrès auront été accomplis d’une année à l’autre dans la réalisation des différents objectifs de l’agenda 2030.    

La promotion de sociétés pacifiques et ouvertes à tous.

Par rapport aux objectifs ODM de la période précédente, l’agenda 2030 comprend un nouvel objectif innovant no 16 d’une dimension transversale et globale visant à promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes à tous aux fins du développement durable, à assurer l’accès de tous à la justice et à mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous. Finalement retenu après d’âpres tractations, cet objectif reconnaît l’importance de sociétés paisibles, justes et inclusives. Au niveau des cibles rattachés à cet objectif, on trouve plus particulièrement la promotion de l’état de droit aux niveau national et international, la garantie de l’accès public à l’information et la protection des libertés fondamentales, conformément à la législation nationale et aux accords internationaux, la réduction nette des flux financiers illicites et du trafic d’armes, la considération que le dynamisme, l’ouverture, la participation et la représentation à tous les niveaux caractérisent la prise de décision.  

En décembre 2015, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a adopté une résolution sur la jeunesse, la paix et la sécurité. Les Etats membres sont appelés à renforcer la représentation inclusive de la jeunesse dans la prise de décision à tous les niveaux, dans les institutions et dans les mécanismes pour la prévention et la résolution des conflits.

Les tergiversations sur une action déterminée dans les domaines de l’environnement et de la solidarité.

La résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU sur l’agenda 2030 avec les objectifs ODD indique 5 grands domaines ( les 5 P’s) qui sont considérés comme étant d’une importance cruciale pour l’humanité et la planète: l’humanité (the people en anglais), la planète, la prospérité, la paix et les partenariats. Sur cette base, le Secrétaire général des Nations Unies avait proposé un schéma compréhensif de thèmes majeurs distinctifs pour les prochaines années, le thème pour chaque année s’appliquant surtout à un de ces domaines. Le thème suggéré pour 2017 ‘Assurer la sécurité alimentaire sur une planète sûre à l’horizon 2030’ aurait constitué un signal très fort dans le domaine de la planète. Il est regrettable qu’après la conclusion des négociations entre les Etats membres, ce domaine environnemental a disparu de la liste des thèmes finalement adoptés par l’Assemblée Générale pour les trois prochaines années. Il apparaît que le domaine de la planète ne bénéficie pas en réalité de la haute priorité souvent proclamée par les gouvernements. Or, parmi les quatre enjeux émergents identifiés par de nombreux experts internationaux dans le nouveau rapport des Nations Unies ‘Global sustainable development report 2016’, deux enjeux sont en relation avec l’environnement : faire face aux impacts croissants du changement climatique ainsi que mettre en œuvre des modèles économiques alternatifs qui découplent la croissance économique de l’utilisation de ressources et minimiser la dégradation environnementale.  

Dans une récente étude pilote « Mesurer la distance par rapport aux ODD », l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a repris les domaines des 5 P’s pour les ODD pour faire une agrégation des scores sur les indicateurs dans ces domaines, permettant de réaliser une analyse comparative entre un échantillon de pays de l’OCDE. Il en ressort que la performance globale la plus faible concerne les domaines de la paix et des partenariats. Ainsi, on pourrait relever que seulement cinq pays membres dont le Luxembourg atteignent ou dépassent le pourcentage de 0,7% pour l’aide publique au développement par rapport au produit national brut. L’implémentation d’outils de financement alternatif pour le développement n’avance que très lentement. Au mois d’octobre, un groupe de seulement dix pays, dont le Luxembourg ne fait pas partie, a trouvé un accord de principe sur le projet d’une taxe sur les transactions financières en Europe, proposée par la France et l’Allemagne depuis 2011. Une certaine harmonisation des mesures au niveau de l’Union Européenne dans les domaines de la paix et des partenariats permettrait non seulement d’améliorer la performance globale analysée par l’OCDE dans les différents domaines des ODD, mais aussi de faire avancer d’une manière concrète l’idée d’une Europe plus solidaire et cohérente.        

Le passage des pistes vers les jalons.

Le début des orientations pour l’agenda 2030 a permis de dégager de nombreuses pistes prometteuses et d’insuffler un nouvel élan pour accroitre le dynamisme au niveau de la coopération internationale comme par exemple par la mise en place de plus de deux mille partenariats pour les ODD. Beaucoup de pays se sont engagés à faire au cours de cette année ou d’une des années à venir une revue nationale volontaire au Forum politique de haut niveau sur le développement durable et les ODDs tels qu’ils seront mis en œuvre concrètement. Après la France et l’Allemagne en 2016, chacun des pays du Benelux dont le Luxembourg accomplit cette année une revue nationale avec la remise d’un rapport correspondant. Pour les pays développés, il s’agira d’expliquer plus particulièrement les actions sur certains objectifs comme la lutte contre le changement climatique y compris la réduction des gaz à effet de serre (objectif no 13) et le renforcement des moyens en vue de revitaliser le partenariat global pour le développement durable notamment avec les pays en voie de développement (objectif no 17). Les différentes institutions des Nations Unies insistent sur l’urgence à mieux définir les jalons et les priorités d’un développement durable qui mérite vraiment son nom. Face aux défis multiples et complexes à relever, le chemin à parcourir pour la réalisation des ODD en 2030 apparaît comme étant sinueux et ardu et nécessitant dès le début de cette nouvelle ère des efforts accrus et concertés à accomplir par les gouvernements, par les secteurs académiques, des entreprises et de la société civile ainsi que par l’ensemble des citoyens.