Séminaire « Info Sharing 2021 on Key UN Topics by ALNU »

Les intervenants et participants au séminaire.Les intervenants et participants au séminaire.

Ce séminaire s’est tenu en présentiel le jeudi 18 novembre 2021 au siège de l’Association Luxembourgeoise pour les Nations Unies (ALNU). En guise d’introduction, M. André Rollinger, Président de l’ALNU a souhaité la bienvenue à tous les participants à ce séminaire. Il a souligné l’importance d’avoir au tour de la table des personnes d’horizons différents, car l’objectif du séminaire était de permettre un échange de vue entre personnes sachant analyser ces problèmes à partir de différents points de vue suivant une optique orientée vers les Nations Unies.

M. Rollinger a indiqué la nutrition comme thème pour le séminaire, et ceci dans un contexte plus large du droit à un environnement propre, sain et durable. Au niveau des Nations Unies, la nutrition se traduit en ‘droit à l’alimentation’ qui fait partie des droits sociaux, économiques et culturels du pacte international des Nations Unies de 1966. Il existe un décalage historique entre les mécanismes pour la protection des droits civils et politiques, d’une part, et ceux des droits économiques, sociaux et culturels, d’autre part. Les pays occidentaux ont tendance à se concentrer sur le pacte des droits civils et politiques.

Après de très longues années de négociations et de discussions, les Nations Unies ont finalement reconnu d'une manière formelle le droit à un environnement sain par la résolution 48/13 du Conseil des droits de l’homme le 8 octobre 2021. La prochaine étape sera la reconnaissance de ce droit par l’Assemblée Générale, qui regroupe tous les pays membres des Nations Unies.

Le Luxembourg ne reconnaît ce droit que par un traité international, la Convention d’Aarhus de la Commission économique pour l’Europe des Nations Unies. Parmi nos pays voisins, le Belgique et la France ont déjà intégré le nouveau droit dans leur constitution et leur législation nationale. 

Au Luxembourg, le Projet 2022 de l’ALNU prend en considération donc des questions en relation avec l’environnement, le développement durable et l’alimentation. Un groupe de travail ‘entreprises et droits de l’homme’ a été établi par le Ministère des Affaires étrangères et européennes dans le cadre d’un Plan d'action national du Luxembourg 2020-2022 pour la mise en œuvre des Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l'Homme. L’ALNU y participe.

Sécurité alimentaire et nutrition dans le monde 2021.

Mme Florence Könner, Membre du C.A. de l’ALNU, a présenté le Rapport du FAO sur l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde en 2021 rédigé par le FAO (organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation) ensemble avec l’UNICEF et d’autres organisations internationales. L’objectif de la FAO est d’atteindre la sécurité alimentaire, avec plus de 194 pays membres (y compris le Luxembourg). Le FAO est actif dans 130 pays.

Le Rapport se base sur les objectifs de développement durable et plus particulièrement l’objectif numéro 2. Concrètement, la sécurité alimentaire touche à l’accès et la disponibilité de nourriture et la qualité et la stabilité de la chaîne d’approvisionnement en nourriture. Il concerne aussi l’amélioration de la nutrition. Le rapport analyse les défis clés. Il est destiné à un large public (politique, société civile, citoyen engagé) et il est facile à lire. La pandémie a aggravé la situation partout dans le monde.

Une des principales questions posées par le rapport est comment est-ce qu’on est arrivé là ? Le rapport « Global Report on Food Crisis » met le doigt sur l’impact des conflits qui a touché 155 millions de personnes en 2021, en particulier au Congo, au Yémen et en Afghanistan. Pour renverser cette tendance, les trois axes d’actions sont identifiés : un renforcement de l’engagement politique au niveau national et supranational, le développement indispensable de l’assistance humanitaire, et le changement du modèle économique en faveur du développement durable.

Sommet sur les systèmes alimentaires et la Déclaration sur les droits des paysans : quels enjeux ?

M. Colin Robertson, Membre du C.A. de l’ALNU, a pris comme perspective le lien entre deux contextes onusiens qui sont la Déclaration des droits des paysans, qui a été conclue le 17 décembre 2018, et le Sommet sur les systèmes alimentaires. Les parties contractantes sont les états membres de l’ONU en grande majorité, y compris le Luxembourg. Les bénéficiaires sont des personnes qui sont actives dans l’agriculture artisanale, de petite échelle. La Déclaration contient des obligations de la part des états. Ceux-ci doivent respecter, protéger et réaliser les droits des paysans.

Le Sommet sur les systèmes alimentaires a eu lieu le 23 septembre 2021 à New York en virtuel. Les participants étaient les états, les gouvernements, des scientifiques, des entreprises, et en fait tout le monde a été invité à participer. L’objectif du Sommet était de transformer nos systèmes agricoles et alimentaires pour les rendre plus durables, résilients et diversifiés ; aussi de transformer les systèmes globaux pour atteindre les ODDs en 2030.

L’agriculture contribue au réchauffement et à la perte de biodiversité. Le Sommet représente une réponse par l’ONU à ce problématique. Le débat sur les « Food Policy Councils » a été entamé au Luxembourg, où l’université a un projet de recherche en cours. Voilà donc une action concrète : appuyer, suivre et mettre le Food Policy Council en route. Ce sera une belle contribution aux dialogues sur l’avenir de nos systèmes alimentaires, pour les ODDs, l’Agenda 2030 et l’action contre le réchauffement climatique.

Interventions des représentants du Ministère des Affaires étrangères et européennes

Mme Véronique Dockendorf, Directrice des Affaires politiques au ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE) a présenté leurs principales priorités cette année : le contact avec les représentations permanentes à Paris, New York, Genève et Vienne, l’obtention du soutien des membres de l’ONU à la candidature du Luxembourg au Conseil des Droits de l’Homme, et la préparation à la candidature de membre du Conseil de Sécurité pour 2031-2032. Le Grand-Duché a eu le soutien de 180 membres sur 192 et sera donc membre de ce Conseil à partir du 1er janvier 2022.

Les quatre thèmes mis en avant dans la cadre de la candidature au Conseil des droits de l’Homme étaient : le renforcement de l’Etat de droit, l’égalité entre les genres et la lutte contre la discrimination, la protection et promotion des droits des enfants, le développement durable et l’action pour protéger le climat.

Mme Dockendorf a expliqué que la direction des Affaires politiques du MAEE partage le travail sur de nombreuses thématiques onusiennes avec ses collègues de la coopération au développement. L’équipe du ministre Fayot relève notamment les droits économiques, sociaux et culturels, mais aussi l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et le programme alimentaire mondial. Mme Anne Goedert, Ambassadrice itinérante pour les droits de l’homme, gère les comités interministériels et les groupes de travail avec la société civile en relation avec les droits de l’homme.

M. Tom Reisen, Directeur adjoint des Affaires politiques et Directeur ONU, a expliqué le rôle de son département et sa collaboration avec la société civile. Tout d’abord, le gouvernement a mis en place un Comité interministériel pour les Droits de l’Homme pour assurer pleinement et activement sa participation à partir du 1er janvier 2022 au Conseil des Droits de l’Homme.

Avec le support de la société civile représenté par les associations concernées, le Luxembourg développe un plan national pour les droits de l’Homme. Également, chaque année, le Luxembourg considère les recommandations au titre de la défense des Droits de l’homme résultant de l’examen périodique universel. Le Luxembourg s’engage à suivre ces recommandations encore une fois avec la contribution de la société civile.

Le quotidien de la Direction ONU est de prendre position sur les différentes propositions de résolution des 6 commissions des Nations Unies. Quelques engagements volontaires du Luxembourg sont d’élaborer un plan d’action sur les droits de l’homme sur base de recommandations de la société civile et des organisations de droits de l’homme, promouvoir la Déclaration des droits des paysans, faire des consultations avec la société civile et mettre en œuvre tous les engagements.

En conclusion, Mme Véronique Dockendorf et M. Tom Reisen ont rappelé que les résolutions qui sont finalement votées ont le mérite d’exister, même si elles ne sont pas toujours parfaites.

Impact du Covid 19 sur la jeunesse

Mme Ema Mehic, Déléguée à la jeunesse auprès de l’ONU, est revenu sur la pandémie et les conséquences sur les jeunes. Les délégués ont sensibilisé des jeunes pour les ODDs et demandé comment ils se sont sentis pendant la pandémie. Ainsi on a pu avoir un aperçu de l’impact de la pandémie sur les jeunes : les conséquences pèsent lourdes sur leur santé mentale.

D’après une étude de l’OECD, plus de jeunes ont des symptômes de dépression que d’adultes à cause de la solitude, l’inquiétude pour le futur, l’impact du COVID sur le marché du travail, la perturbation de l’éducation, etc. Ils sentent une inégalité par rapport à l’accès à la technologie digitale. Ils voient une fracture en ce qui concerne le numérique entre les sexes et entre les pays, avec un manque d’accès à Internet dans plusieurs pays. Ils constatent une réduction de l’engagement climatique.

La préservation de la santé physique a signifié des décisions exceptionnelles : confinement, arrêts de cours en présentiel, l’apprentissage en ligne, et le temps passé sur les outils, tels que téléphone, ordinateur ou tablette. La préservation de la santé physique a eu pour coût la détérioration de la santé mentale. Le Covid a ainsi accentué les inégalités entre les jeunes ayant ou non accès à internet. En guise de conclusion, elle interpelle les décideurs en posant la question de la stratégie à mettre en place pour réduire les impacts négatifs d’une telle pandémie sur la jeunesse.

Les intervenants(Gauche à droite) M. Tom Reisen, M. Colin Robertson, Mme Véronique Dockendorf, Mme Ema Mehic, Mme Florence Könner, et M. André Rollinger

Interventions des personnes invitées d’autres associations

Mme Marie-Paule Graul, membre du Conseil d'Administration de Fairtrade Luxembourg, a rappelé que l’Association Fairtrade est connue pour son objectif de donner aux producteurs leur juste valeur. Leur action est bien connue pour les producteurs de café, chocolat, et banane. Fairtrade travaille également, dans le cadre du devoir de vigilance, à promouvoir une production à faible impact environnemental et des conditions de travail respectueuses, notamment dans le monde de la mode (par exemple « Rethink your clothes » en collaboration avec d’autres associations (comme Greenpeace ou SOS faim…) pour lutter, par exemple, contre le travail des enfants. A ce sujet, Mme Graul a recommandé qu’une loi soit votée pour empêcher le travail des enfants.

Mme Deolinda Martins, représentante de Caritas Luxembourg, Coopération internationale, est revenu sur l’objectif de sécurité alimentaire et rappelle que les projets de neuf mois sont trop courts pour montrer des résultats. Heureusement, il y a des projets à plus long terme qui permettent de montrer l’impact de projets initiés par les associations. Caritas Luxembourg met en œuvre des projets de sécurité alimentaire avec la FAO et le PAM dans l’un de ses pays cibles, le Sud-Soudan. Ces programmes comprennent une campagne de dépistage nutritionnel, des formations agricoles et des activités de soutien aux agriculteurs. Mme Martins a signalé que ces actions à long terme nécessiteraient d’être soutenues par des projets de durée adéquate.

Mme Maryse Arendt, présidente de UNICEF Luxembourg, a rappelé que l’UNICEF est présente dans le monde entier dans plus de 190 pays et territoires et ses domaines d’activités sont très larges. A titre d’exemple, elle a cité la lutte contre la malnutrition, les enfants dans les camps de réfugiés, l’accès à l’éducation, le travail des enfants, la santé des mamans, et le support à l’allaitement maternel. Elle a mentionné le rapport COVID-Kids que le comité national a produit avec uni.lu sur le manque de bien-être des enfants de 6 à 16 ans pendant la première vague de la pandémie COVID-19 au Luxembourg. En fonction de son expérience de représentante de la société civile, elle a rappelé l’importance de protéger l’allaitement maternel et de suivre et mettre en pratique les engagements pris lors des réunions de l’OMS en présentant une politique cohérente nationale et internationale dans toutes les différentes réunions des NU. Dans ce contexte, lors d’une récente réunion du Codex Alimentarius sur des normes alimentaires internationales, les pays européens n’ont pas œuvré pour le respect du Code International de commercialisation des substituts du lait maternel et de ces résolutions subséquentes La commission du Codex est gérée conjointement par l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Débat final

Un débat final a suivi cette intervention sur les conflits d’intérêt entre les industriels, les consommateurs, les associations, et les gouvernements.

M. Louis Oberhag, membre de l’ALNU, mentionne le conflit d'intérêt de l'industrie également dans le domaine des énergies renouvelables, notamment pour l'énergie nucléaire, qui est souvent présentée comme durable. Il est nécessaire que les responsables politiques prennent en compte dans l'analyse de rentabilité tous les aspects qui pourraient avoir des conséquences négatives à l'avenir.

M. André Rollinger regrette que l’objectif des pays soit de revenir au modèle économique avant le Covid 19 au lieu de repenser le monde vers un développement plus durable et équilibré entre tous les pays. En donnant suite à l’appel de M. Guterres, Secrétaire Général des Nations Unies, dans son discours du 20 mars 2020, Monsieur Rollinger demande à M. Reisen si une initiative pour offrir du potentiel de développement à l’Afrique serait possible, en réorientant et rééquilibrant le commerce avec ce continent, même si des problèmes de droits de l’homme subsistent.

M. Tom Reisen réponde qu'un sommet Union africaine-Union européenne devrait se tenir le 17 février pour relancer les relations entre les deux continents. À l'heure actuelle, l'Afrique souffre d'un manque d'infrastructures et d'intégration entre les pays africains, ainsi que de nombreux conflits et coups d'État. Les pays sont pleins de contradictions, tout comme les personnes. M. Reisen rappelle la complexité du monde et des contradictions des hommes et des organisations.

En conclusion, face à ces contradictions, tous les participants se sont accordés sur la nécessité d’aller vers un monde plus durable et solidaire.

Le séminaireLe séminaire a eu lieu à la Maison des Sports à Strassen, lieu du siège de l’ALNU.